Il convient de se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées , Maurice Denis (1870 – 1943).
Il m’a fallu longtemps pour passer de l’image à la peinture. Plusieurs années. Comme il faut plusieurs années à l’enfant pour maîtriser le langage.
Tout un temps l’objet de ma peinture était le sujet et tournait autour de ce concept : je sais ce que je fais et le spectateur regardant mon travail pouvait se dire : je sais ce que je vois.
Il m’a fallu longtemps pour intégrer, et non pas comprendre, le fait que le problème est bien ailleurs.
Le peintre peint, le spectateur regarde.
Que le spectateur voit exactement ce que le peintre a voulu exprimer est parfaitement secondaire. De toute façon il ne le comprendra jamais. Ils n’ont pas le même langage. La calligraphie asiatique est d’abord un langage et pourtant nous n’en voyons que la forme. Même la pire des injures exprimée de cette façon peut être de toute beauté.
La fleur qui pousse ne s’occupe pas de l’effet qu’elle va produire. Elle peut être à la fois superbe et avoir des épines. Les uns ne vont voir que la fleur, les autres que les épines parce qu’ils en ont fait l’expérience.
Le peintre qui ne s’occupe que de l’effet qu’il va produire, oublie les épines.
La peinture est une aventure autant pour le peintre que pour le spectateur de l’oeuvre. Et dans cette aventure, la carte n’est pas le territoire.
Je travaille à l’huile sur papier. J’ai toujours en cours une trentaine de peinture car je n’en vois une que par rapport à une autre et le tout forme une chaîne sans fin, intarissable et qui se nourrit d’elle-même.
L’oeuvre peint se voit d’une manière globale. On ne peut goûter le Mondrian des dernières années qu’en connaissant ses débuts.
Ma peinture repose sur le rythme, la composition et l’harmonie. Harmonie, dans la mythologie, fille de Mars et de Vénus. C’est ce contraste qui me guide. Contraste de couleur, de forme, de matière, complémentarité et contraste des éléments.